La composition en couleurs
Édition papier à sortir le 3/11

La petite corne, le barde et le dragon

Là, mon grand frère a voulu faire une petite pause. Aumeraud et Devrac ont continué à boire leur bière et il m’a expliqué les règles concernant les sorts.

Mon grand frère, c’est le maître de jeu. C’est lui qui explique les règles quand on ne comprend pas. C’était la première fois que je jouais et je ne connaissais pas toutes les règles. Il m’a expliqué pas mal de choses sur les sorts et comment ils marchent dans le jeu et comment je peux m’en servir. À la fin, il faut dire que je n’ai pas trop pigé tout ce qu’il a dit.

Mais bon, il fallait trouver le hook et c’était mon tour. Je ne voulais pas poser une question bête comme celles d’Aumeraud et de Devrac. Mais j’avais dans l’idée que ce serait bien utile de trouver des informations sur les trésors qui n’étaient ni gardés par des monstres ni cachés dans un donjon.

« Monsieur le tavernier, j’ai dit, il est où, le Grand Cor ?

— Le Grand Cor ? a dit le tavernier, en essuyant une chope avec un torchon.

— Le Grand Cor de la licorne, qui a donné son nom à la taverne, où est-il ?

— Ah oui, celui-là. Personne ne le sait.

— Comment ça ? Quelqu’un doit savoir où est le Grand Cor.

— La taverne tire son nom d’une vieille histoire. Ça s’est passé il y a tellement longtemps que plus personne ne s’en souvient. »

Je pensais trouver le hook comme ça, avec ma question sur le Grand Cor. À ce point, j’étais sûr qu’on ne trouverait jamais le hook et qu’on n’irait jamais dans le donjon.

Puis, le petit vieux a dit :

« Moi, je me souviens de cette histoire.

— Vous savez, Monsieur, où il est, le Grand Cor ? a dit Aumeraud.

— Non. J’ai dit que je me souviens de l’histoire.

— Dis donc. » Devrac avait la main posée sur le manche de sa hache.

« C’est une longue histoire, ça, a dit le petit vieux, et j’ai soif.

— Monsieur le tavernier, a dit Aumeraud, une bière pour le petit vieux, s’il vous plaît. »

Le tavernier a rempli une chope et le petit vieux a commencé l’histoire : « Il était une fois, il y a longtemps… »

J’adore les histoires qui commencent comme ça. Ça me fait penser que le monde est tellement grand qu’il n’a pas de fin et que tout est possible dans la vie.

« … il y avait une licorne qui était née dans la forêt. Après sa naissance, il lui a poussé une petite corne, comme à toutes les licornes. »

Il faut dire que, dans le monde fantastique, la corne de la licorne est un objet de magie puissant et merveilleux. C’est la corne qui donne tout son pouvoir à la licorne. C’est comme ça dans le monde fantastique et tout le monde le sait.

« Puis la licorne a grandi et, comme toutes les licornes, elle a perdu sa petite corne qui était sa corne de lait.

— Vous saviez, Aumeraud et Devrac, que les bébés licornes perdent leur corne de lait ? »

Aumeraud a secoué la tête et Devrac a haussé les épaules.

« Mais sans corne, elle n’a plus son pouvoir, ai-je dit.

— Lorsqu’une licorne grandit, a dit le petit vieux, il lui pousse une corne de sagesse.

— Ah bon ?… »

Comme j’ai déjà dit, c’est comme ça dans le monde fantastique et, parfois, tout le monde n’est pas au courant.

Le petit vieux a continué : « Peu de temps après que la licorne ait perdu sa corne de lait, un barde est passé par là, à l’endroit où la corne était tombée par terre, parmi les feuilles et la mousse. »

C’est le barde qui joue de la musique, chante des ballades et raconte plein d’histoires. J’ai bien pensé à lancer un sort pour deviner ce qu’il faisait dans la forêt, mais j’avais l’impression que ce n’était pas mon tour.

« Le barde a trouvé la petite corne par terre, il l’a ramassée et il est rentré chez lui. Avec la petite corne, le barde a fabriqué un piccolo. Quand il a soufflé dans le piccolo, ça a fait une belle musique.

« Alors, il est retourné dans la forêt et il a joué du piccolo pour les animaux et pour les gens qui croisaient sa route. Tous les animaux s’arrêtaient pour écouter la musique et tous les gens applaudissaient le barde pour sa belle performance. »

Ensuite, le petit vieux m’a regardé dans les yeux. « Peut-être y a-t-il une autre chose que tu ignorais, Petit Lot. »

Ça ne m’étonnait pas qu’il y eût autre chose que j’ignorais. Mais la façon dont il m’a parlé m’a fait penser que j’ignorais beaucoup de choses. Au point que je ne pourrais jamais apprendre tout ce qu’il y avait à savoir dans le monde.

« La corne de lait de la licorne, une fois qu’elle est tombée, a dit le petit vieux avec ses yeux fixés sur moi, elle continue à grandir. »

C’est vrai que je ne le savais pas. Vu les têtes d’Aumeraud et de Devrac, c’était une surprise pour eux aussi.

« Le piccolo dont jouait le barde a grandi et s’est transformé en flûte. Le barde en a alors joué dans la forêt. Les animaux sont venus de plus en plus loin pour l’écouter et les gens lui donnaient des petites pièces pour sa splendide musique.

« Ensuite, la flûte a encore grandi et c’est devenu une clarinette. Le barde a traversé toute la forêt en jouant de sa clarinette. Les animaux sont venus de partout pour l’écouter et les gens lui donnaient des pièces d’argent pour sa musique qui était devenue magnifique.

« Bien évidemment, ça ne s’est pas arrêté là. La clarinette est devenue une trompette. La trompette est devenue un trombone et le trombone est devenu un tuba. Chaque fois que son instrument grandissait, le barde continuait à jouer dans la forêt et il est devenu célèbre de partout.

« Un jour, alors qu’il jouait de son tuba, si lourd qu’il devait le porter sur son dos, l’instrument a grandi encore une fois. Le tuba est devenu un cor. Ce cor était tellement grand que le barde ne pouvait plus le porter, même sur son dos. Il l’a donc posé par terre, au beau milieu de la forêt, et il a continué à jouer.

« La musique qu’il jouait avec le Grand Cor était si belle et si forte que les animaux sont venus des quatre coins du monde et les gens l’ont couvert de cadeaux et de richesses.

« Et l’endroit où il a posé le Grand Cor était juste là, dans le pré devant la taverne. Les gens ont construit la taverne pour avoir un endroit où ils pourraient écouter de la belle musique et boire de la bonne bière. »

À ce moment-là, j’ai sauté de mon tabouret, ouvert la porte de la taverne et regardé dans le pré. Il n’y avait rien que de l’herbe et des pensées sauvages.

« Mais alors, où est le Grand Cor maintenant ?

— Comme le tavernier l’a dit, personne ne le sait. Mais voici la fin de l’histoire : Il y avait aussi un dragon qui habitait dans les montagnes. Ce dragon n’aimait pas la musique du barde et de son Grand Cor. Le dragon est venu, il a mangé le barde, il a pris le Grand Cor dans ses griffes et il l’a emporté chez lui, dans son repaire. »

 

Petit Lot fête la découverte du Grand Cor 200x304pxLis la suite : En route ! vendredi prochain. Lis les chapitres précédents En avant-première.