Le dessin
Édition électronique à sortir le 27/10

Le « hook »

Petit Lot et le Grand Cor de la licorne sortira prochainement.

Petit Lot fête la découverte du Grand CorTu peux déjà lire le Prologue en avant-première. Ensuite, suis le développement de la couverture avec Le dessin.

Voici la suite de l’histoire…

 

 

 

  

Le « hook »

On était dans la taverne, moi et mes compagnons d’aventure, Aumeraud et Devrac. On cherchait le hook, la raison pour laquelle on décide d’aller dans le donjon, même si c’est dangereux et souvent en ruine.

J’étais debout au bar, chapeau sur la tête et chope à la main. Il faut dire que j’étais debout sur un tabouret car je n’étais pas très grand. Je n’avais que sept ans et demi à l’époque. Je suis beaucoup plus grand maintenant.

Devrac était assis à table. Il gardait une main sur le manche de sa hache et l’autre main sur sa propre chope.

Je lui ai demandé :

« Devrac, pourquoi as-tu toujours la main sur le manche de ta hache lorsqu’on est dans une taverne ?

— Parce qu’une taverne, c’est un endroit périlleux, Petit Lot. Les monstres peuvent apparaître n’importe où, n’importe quand. Il faut toujours rester vigilant pendant une aventure. »

Il est un peu paranoïaque, Devrac. Même si ce n’est pas tout à fait faux, ce qu’il a dit. On ne sait jamais ce qui va nous arriver pendant une aventure. Moi, j’étais prêt à tout moment à lancer un sort s’il le fallait.

Aumeraud était à côté de moi au bar. Il parlait au tavernier. C’est le tavernier qui est toujours derrière le bar, qui essuie les chopes avec un torchon et les remplit de bière. C’est lui aussi qui sait tout ce qui se passe dans la taverne parce qu’il est tout yeux tout oreilles.

« Je voudrais une bière, Monsieur », a dit Aumeraud.

Il est très courtois, Aumeraud. Il vouvoie tous les inconnus et ne dit jamais un vilain mot. Il parlait gentiment avec le tavernier, juste comme il fallait pour trouver le hook. J’étais sûr qu’il le trouverait.

« Voilà une bière », a dit le tavernier.

Il faut dire que c’était mon grand frère qui jouait le tavernier. Mon grand frère, c’est le maître de jeu. C’est lui qui joue tous les personnages qu’on rencontre pendant l’aventure.

Il faut être gentil avec les autres personnages, parce qu’ils ne font jamais de mal à personne. En plus, ils ne sont pas aussi puissants que nous, les héros. Ils ne peuvent ni lancer de sorts dans tous les sens, ni survivre pendant des jours et des jours en ne mangeant que de l’herbe et des glands, ni se bagarrer avec une hache énorme. Bref, il faut être gentil avec les autres. C’est comme ça dans un jeu de rôles tout comme dans la vraie vie.

« Avez-vous entendu des rumeurs sur des monstres dans le coin ? a dit Aumeraud au tavernier.

— Demande-lui… », commençais-je.

Mais mon grand frère m’a interrompu. Il m’a dit que pour l’instant, c’était Aumeraud qui parlait avec le tavernier, et que je devais patiemment attendre mon tour.

Moi, j’aurais plutôt demandé des informations sur les trésors, car je ne voyais pas pourquoi on devrait ne chercher que les trésors gardés par des monstres.

« Non, pas récemment », a dit le tavernier.

Le tavernier, il n’avait pas grand-chose à dire. Je pensais que ce n’était peut-être pas lui qui allait nous donner le hook.

Entre-temps, un petit vieux s’est approché de Devrac.

« Je peux me joindre à vous ?

— Assieds-toi », a dit Devrac.

Il n’est pas bien élevé, Devrac. Il tutoie tout le monde, même les inconnus, et je ne répète pas tous les vilains mots qu’il dit. Mais bon, c’est un barbare. Peut-être qu’on fait comme ça chez lui. Pourtant, je doutais qu’il trouve le hook.

« Tu as entendu des rumeurs sur des donjons par ici ? » a dit Devrac au petit vieux.

J’ai voulu lui dire qu’il fallait demander des informations sur les trésors, car je ne voyais pas pourquoi on ne pouvait pas, aussi, chercher les trésors qui ne sont pas cachés dans les donjons. Mais j’ai bien senti que ce n’était pas encore mon tour.

« Non, a dit le petit vieux, pas depuis longtemps. »

Le petit vieux non plus, il n’avait pas grand-chose à dire. C’est vrai que les questions qu’ils ont posées, Aumeraud et Devrac, étaient bêtes. J’avais peur qu’on ne trouve jamais le hook pour l’aventure et qu’on ne décide jamais d’aller dans un donjon.

En attendant patiemment mon tour, je parlais avec mon familier, car je n’avais pas envie de lancer un sort à ce moment-là.

« Qu’est-ce que t’en penses, Croâ ?

— Croasse ! » a-t-il dit, parce que c’est le cri qu’il pousse de temps en temps.

« Peut-être bien. Je demanderai. »

À mon grand frère, j’ai dit : « On ne peut pas aller dans le donjon sans trouver le hook ? »

Il m’a regardé avec une drôle de tête. Je connais très bien mon grand frère et j’ai senti que ma carrière d’aventurier pourrait bien s’arrêter là. Il m’a expliqué que c’était très important, le hook :

« Le donjon, c’est tellement dangereux que personne ne veut aller dedans sans avoir une bonne raison. C’est le hook qui vous fait partir à l’aventure.

— D’accord », j’ai dit, même si je n’avais pas tout à fait compris.

Moi, je me fichais bien de la raison d’aller dans le donjon, même si c’est dangereux et souvent en ruine. Je suis aventurier après tout, et c’est ça que font les aventuriers.

« Alors, m’a-t-il dit, c’est ton tour maintenant.

— Enfin. Je vais lancer un sort qui trouve le hook ! »

 

Reviens dans une semaine pour lire le prochain chapitre : La petite corne, le barde et le dragon.